Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural

Laboratoire Tamarinier

Compte tenu de la qualité des ressources humaines, de l’étendue des installations, du matériel déjà installé, le Laboratoire vétérinaire et de contrôle de qualité des aliments de Tamarinier (LVCQAT), entité du ministère haïtien de l’Agriculture, n’exploite que 10 % de son potentiel. C’est ce que nous a confié le directeur général de cette institution, le Dr Michel Alain Louis. Cela traduit le manque à gagner pour un pays où l’alimentaire est une urgence de santé publique de tous les instants. Malgré son importance, le Laboratoire de Tamarinier, comme on l’appelle couramment, souffre du manque de moyens et de la vétusté de quelques instruments de travail.

D’entrée de jeu, le directeur général du Laboratoire de Tamarinier fait remarquer que l’institution ne dispose que d’un faible budget, sans le préciser, pour ses dépenses courantes. De ce fait, il lui est très difficile de consentir des investissements pour améliorer les capacités techniques du laboratoire. Or le laboratoire doit être à l’avant-garde de la technologie. En visitant les nombreuses installations, certaines tombées en vétusté, on se rend compte de l’immensité du travail à abattre par cette institution. À la question de savoir si le laboratoire n’est pas submergé par les demandes, ses responsables ont froidement répondu que pas autant qu’ils l’auraient souhaité. « Nous sommes sollicités de temps en temps par des gens du secteur privé, par la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Programme national de cantine scolaire (PNCS) et certaines entreprises privées, des hôpitaux privés et publics, certains restaurants ou hôtels… Le Dr Louis concède, entre autres, qu’il n’est pas tout à fait équipé pour tout faire. Faute de financement. Pourtant, le laboratoire est le seul outil technique dont dispose l’État dans le contrôle des aliments. Le laboratoire est le seul lieu du territoire qui dispose d’un centre antipoison. Une personne peut appeler et demander un antidote contre tel type d’empoisonnement. Que ce soit pour un animal ou pour un être humain. Nous sommes le seul pays de la région caraïbe à ne pas disposer d’un centre de toxico-vigilance bien équipé. Devant le dénuement du laboratoire, et en dépit des efforts de son personnel, il est impossible de faire fonctionner une section de recherches et développement au sein de l’institution qui aurait la tâche de déterminer avec exactitude les spécificités locales. Même si des recherches ont fait leurs preuves à l’étranger, on devrait pouvoir tester leurs applications sur le territoire. Les procédures veulent que les entreprises qui désirent exporter un produit doivent l’acheminer au service de quarantaine du ministère de l’Agriculture afin de pouvoir réellement l’exporter.

Il en est de même pour les importations de produits alimentaires. L’entreprise importatrice d’un produit alimentaire quelconque doit transmettre au laboratoire un échantillon accompagné de son manifeste avant d’être distribué sur tout le territoire. Elles doivent acheminer le produit afin d’obtenir un certificat phytosanitaire pour être réellement exportable. À l’inverse, lorsqu’il s’agit d’importer un produit alimentaire quelconque, un échantillon accompagné de son manifeste doit rejoindre le labo aux fins de test avant d’être distribué sur tout le territoire. Les procédures à suivre en matière de contrôle de qualité des aliments prévoient des contrôles dans les restaurants formels ou informels et dans les hôtels. Malheureusement, regrette le microbiologiste, Michel Alain Louis, cette procédure n’est pas respectée, « seuls quelques restaurants soucieux de la santé de leurs clients sollicitent l’expertise du Laboratoire de Tamarinier », a-t-il précisé. Les compagnies de traitement d’eau commercialisent leur produit sur le territoire sans aucun contrôle.

Parmi les 80 compagnies de commercialisation d’eau traitée qui existent dans le pays, seuls trois ou quatre font appel au laboratoire. Elles ne s’y réfèrent souvent que lorsqu’ elles doivent exporter leurs produits à l’étranger. Le Programme de mise œuvre du marché et de l’Économie uniques de la Caricom (CSME en anglais), financé par l’Union européenne, même avec des moyens relativement limités, nous est d’une grande utilité, a fait savoir le directeur général du LVCQAT. Avec l’appui d’autres bailleurs, ce programme nous a aidés à former une quarantaine de jeunes dans le contrôle de qualité des aliments. Des laboratoires de proximité sont en passe d’être construits dans plusieurs points du territoire. Ledit programme nous a fourni les moyens nous permettant de construire le site Internet officiel du laboratoire (www.lvcqathaiti.com). Le CSME n’attend que le feu vert de l’État haïtien pour équiper deux laboratoires de proximité dans le Nord et faire travailler les jeunes formés dans le contrôle des aliments. Interrogé sur l’utilité d’un laboratoire de proximité, le Dr Louis indique que certains endroits du pays sont très éloignés du Laboratoire de Tamarinier. Ce qui fait qu’au cours du transport d’échantillons fragiles, les éléments risquent d’être altérés, empêchant ainsi toute analyse scientifique analyse scientifique. Les laboratoires de proximité vont aider à résoudre ces types de problème en réalisant des tests sur place. L’idée est d’installer 10 laboratoires, un au moins par département géographique. Par ailleurs, Michel Alain Louis informe que la Banque mondiale a mis 100 000 dollars à la disposition de l’État haïtien afin d’amenager deux labos de proximité à Jacmel et aux Cayes. Nous cherchons à les installer dans des bâtiments publics déjà construits afin de mieux dépenser les fonds alloués à ce projet. Ainsi, avons-nous appris, les fonds ont permis de réhabiliter quatre locaux à Jacmel, à Fonds-des-Nègres, à Lévy (Cayes) et à Roseaux (près de Jérémie dans la Grand’Anse). Maintenant, il reste à l’État d’employer les jeunes et équiper les laboratoires de proximité dans les différentes régions du pays. Le fonctionnement d’un laboratoire comme celui de Tamarinier est complexe. Il ne peut être tenu comme les autres bureaux. Le labo a ses spécificités. Imaginez, au cours d’une analyse effectuée par le laboratoire pour un client, la casse d’un instrument peut survenir ou un appareil peut tomber en panne. Le laboratoire doit pouvoir répondre avec célérité à cette situation, indique le microbiologiste également ingénieur-agronome. L’homme qui dirige le labo de tamarinier indique, sans figure de style, que « sans des fonds appropriés, nous ne pouvons pas aller plus loin même avec la meilleure volonté. »