La production agricole dans le Plan d’action pour le relèvement et le développement national d’Haïti Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

(Extrait du document présenté à la Conférence internationale des donateurs pour un nouvel avenir en Haïti, le 31 mars 2010)

ImageLes enjeux de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de l’agroalimentaire pèsent lourdement sur la situation socioéconomique et sur l’avenir du pays. Aujourd’hui, l’agriculture demeure le plus important secteur pourvoyeur d’emplois d’Haïti : elle occupe plus de 50 % de la main-d’œuvre. L’agriculture constitue donc un des piliers de la stabilité du pays, un axe incontournable de son développement. Dans le passé, Haïti subvenait entièrement aux besoins alimentaires de sa population. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : le pays utilise actuellement environ 80 % de ses recettes d’exportation uniquement pour payer des importations de produits alimentaires. L’insécurité alimentaire est élevée et rend le pays et sa population très vulnérables face aux menaces naturelles et tout aussi vulnérables vis-à-vis de la fluctuation du prix des denrées de base sur les marchés internationaux.

La diversité des milieux liée à l’altitude, au type de sol ou de climat, entraîne une grande diversité des cultures en Haïti. Cette variété de produits est un atout. Aux plaines côtières succèdent des plateaux puis les mornes qui n’ont pas les mêmes potentiels ni les mêmes contraintes. Globalement, l’érosion de la couche fertile du sol est rapide et se produit dès que la couverture boisée ou arbustive d’une culture n’est pas reconstituée. La propriété foncière est ténébreuse et les exploitations agricoles sont généralement de petite taille, ce qui ajoute aux difficultés des agriculteurs.

Certaines pratiques agraires et des choix de cultures qui sont motivés par la dynamique des prix sur le marché des produits agricoles entraînent une réduction des couverts boisés, ce qui a pour effet d’augmenter les processus d’érosion, de réduire la qualité des sols et des zones côtières de pêche, d’accroître la fréquence et la force des inondations qui à leur tour, provoquent régulièrement la destruction d’équipements et d’infrastructures de transport qui sont stratégiques pour l’agriculture et l’économie en général; la destruction de maisons; la destruction de récoltes et des pertes significatives de terres agricoles.

L’agriculture et la structure de commercialisation des produits agricoles ont donc un impact significatif sur l’environnement du pays et sur le niveau de vulnérabilité du territoire et de sa population. Ces impacts au niveau environnemental constituent une menace à la viabilité même du territoire et l’État haïtien. Du côté de la pêche, certaines pratiques favorisent la surexploitation de certains sites et, à terme, la perte de leur potentiel.

Le paysan comme le pêcheur travaillent généralement avec des outils rudimentaires. La modernisation des équipements, lorsqu’elle est souhaitée par le paysan ou le pêcheur, nécessite un financement qui est actuellement difficilement accessible.

Les systèmes d’irrigation ne fonctionnent pas toujours de manière efficiente et sont loin de satisfaire les besoins des exploitations. Les crues endommagent ou détruisent les seuils, les canaux, les murs de protection. Les difficultés d’accès à l’énergie électrique constituent une autre contrainte commune à la majeure partie des filières. Le réseau est pratiquement inexistant en milieu rural. L’absence de routes de pénétration en bon état et l’absence d’unités de conservation et de transformation des produits sont aussi des contraintes majeures à l’approvisionnement régulier des marchés en produits bien conservés. Beaucoup de problèmes socioéconomiques sont liés à ces carences. L’économie rurale est largement une économie de subsistance notamment parce que les possibilités d’échanges commerciaux sont réduites par les difficultés et les coûts du déplacement par voie routière et par l’absence de possibilités de conservation et de transformation. Les pertes après la récolte sont considérables. Ce ne sont pas seulement les fruits les plus sensibles qui sont affectés par ces mauvaises conditions, mais également les légumes, les tubercules et les produits de rente exportables. C’est également le cas des produits d’élevage et de la pêche dont la mise en marché souffre des mêmes carences structurelles.

Le tremblement de terre a eu pour conséquence immédiate de provoquer un exode de population de la zone urbaine de Port au Prince, de nombreuses familles s’étant déplacées en zone rurale vers leurs villages d’origine. Il en résulte que de nombreuses familles d’accueil déjà très appauvries doivent assumer une charge supplémentaire en recevant des familles déplacées totalement démunies.

L’agriculture, l’élevage et la pêche, constituent ensemble un des premiers moteurs de la relance économique et du redressement des économies régionales et locales. Le chantier de la relance de la production nationale doit assurer le soutien de ces productions.

Elle comporte en particulier les objectifs suivants :

1- Une augmentation de l’offre de produits alimentaires agricoles dans le pays, à travers la disponibilité des intrants agricoles au niveau des différentes zones de production et l’amélioration des circuits de commercialisation,

2- La définition de stratégies d’intégration des populations déplacées,

3- L’amélioration de l’accessibilité aux produits alimentaires par une augmentation de la circulation monétaire à travers la création d’emplois dans le milieu rural,

4- La recherche d’une intégration de la production nationale et de l’aide alimentaire et

5- La préparation de la prochaine saison cyclonique traitée par ailleurs plus globalement.

La mise en œuvre de cinq programmes est prévue :

• Un premier programme financera l’achat et la distribution d’engrais, de semences, d’instruments aratoires, de tracteurs pour les agriculteurs et d’outils et de matériels de pêche pour les pêcheurs à des prix accessibles de façon à accroître la productivité.

• Un deuxième programme financera la construction de lacs collinaires et de réseaux d’irrigation permettant la maîtrise de l’eau, composante également déterminante dans l’accroissement de la productivité des exploitations agricoles. 24

• Un troisième programme financera la réalisation de routes rurales désenclavant les zones d’exploitations agricoles et permettant éventuellement de réduire le nombre de spéculateurs également au bénéfice des pêcheurs et de la population en général.

• Un quatrième programme financera la recapitalisation des exploitations agricoles en donnant aux producteurs accès au crédit à des conditions et des taux acceptables. Il financera également le développement de très petites, petites et moyennes entreprises de façon à accroître la valeur ajoutée sur la production, à limiter les pertes en transformant des produits qui ne peuvent être vendus à l’état frais et à accroître les revenus des exploitants.

• Un cinquième programme financera l’amélioration des conditions d’abattage et de conservation des produits animaliers, d’élevage ou de pêche, garants de la qualité des produits et accroissant la rentabilité de leur exploitation.

Document complet disponible sur le site: http://www.haiticonference.org/french/


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