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24-11-2009

Vers une remise en question de la forme d’intervention de la coopération internationale en Haïti


ImageEn Haïti le nombre exagéré d’unités d’exécution de projets pose un sérieux problème pour organiser une coordination efficace de la coopération. Il est souhaitable que la coopération internationale canalise ses ressources vers un appui aux programmes qui sont en train d’être définis au lieu de continuer à pulvériser des petits projets à travers tous le pays. Telle a été la réaction du représentant du gouvernement aux exposés des différents bailleurs et autres partenaires techniques, à la Conférence hémisphérique sur la coordination de la coopération internationale avec Haïti, les 4 et 5 novembre 2009 à Mexico.

Transcription des principaux points soulevés par Dr Michel Chancy, Secrétaire d’Etat  à la Production Animale lors de son intervention à cette conférence.


De façon générale on peut affirmer que les principaux projets de coopération menés par les différentes institutions internationales sont bien alignés aux priorités définies par le gouvernement. De plus, concernant le secteur agricole, plusieurs des agences et organisations internationales ont révisé leurs plans et les ont adaptés à nos priorités.  

Le problème de la coordination de la coopération ne réside pas tant dans le contenu de ces projets qui sont généralement bien conçus, mais beaucoup plus au niveau de leur mise en œuvre.

Un cercle vicieux


Effectivement comme le souligne Le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe, l’existence d’un nombre exagéré d’unités d’exécution de projets pose un sérieux problème pour organiser une coordination efficace de la coopération. Certaines estimations avancent le nombre effarant de plus de 9000 projets en cours de réalisation en Haïti, relatifs au DSNCRP.

L’un des plus grands défis qui se pose à nous, en tant qu’Haïtiens, est celui de la modernisation et du renforcement de l’Etat. Cette nécessité de construire un État moderne au service réellement de la population se pose depuis de nombreuses décennies. Il faut se rappeler que dans les années 80, il y a eu tentative de restructuration et de modernisation avec l’application des mesures d’ajustement structurel, mais qui ont de fait désarticulé les structures de l’Etat haïtien. Cette politique qui avait certaines justifications, n’a pas été au bout de ses prétentions et un vide a été créé. Ce vide n’a pas été comblé adéquatement par d’autres structures de la société, mais seulement par des projets dont la structure d’exécution n’a aucune prétention de pérennité.    Or, aujourd’hui pour que l’Etat se dote d’une capacité de leadership et donc de coordination des actions de coopération, les principales ressources humaines nécessaires à cette modernisation ne sont plus disponibles.

Rappelez-vous du chiffre choquant de la Banque Mondial qui nous révèle que 83% des professionnels haïtiens ont quitté le pays. De ceux qui sont restés, un bon nombre, parfois des plus compétents, sont absorbés justement par ces unités d’exécution de ces différents projets et par des ONG internationales. Ce qui veut dire que la pulvérisation de la coopération en une multitude de petits projets, objectivement, n’aide pas à la construction de l’Etat. D’ailleurs pour chaque projet, ont doit procéder à la réalisation d’interminables études préalables, avec présentation de diagnostics répétitifs, poursuivre avec la préparation de cadres logiques et autres, mettre en place des unités de suivi-évaluation, consacrer finalement des milliers d’heures pour la préparation de rapports et en bout de compte les heures de travail intellectuel qui se répètent d’un projet à un autre ne se justifient pas. De plus, quand cela se passe à l’intérieur des Ministères, l’existence de ces unités de projet désorganise systématiquement le travail des Directions techniques, elles dévorent le temps de travail des fonctionnaires et le plus souvent induisent des pratiques perverses avec la distribution de compléments de salaires qui crée pour certains des privilèges malsains et pour d’autres des frustrations démotivantes.

C’es ainsi que s’est instauré un cercle vicieux, ou devant l’incapacité des structures d’Etat on crée des projets et plus on a des projets plus on désarticule l’Etat. Ce gaspillage de ressources humaines, financières et de temps doit être remis en question.

En Haïti, il est temps de passer de l’ère des projets à celle des programmes.
Mais j’admets que pour que l’Etat puisse reprendre son Leadership il faut : une vision, des compétences, de la crédibilité et de la volonté.


Une vision en construction :


Le gouvernement s’est doté d’un document stratégique de référence. Il s’agit du Document de Stratégie  Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP), qui propose une démarche cohérente pour la création de richesse.

Au Ministère de l’Agriculture, nous travaillons également depuis plusieurs années à l`élaboration d’un document de politique agricole. Il s’agit comme pour le DSNCRP d’une démarche participative qui garantit la crédibilité des axes retenus. Cette démarche est très avancée et le processus de concertation avec tous les acteurs du secteur agricole donne déjà ses fruits. Nous disposons actuellement des programmes de développement par exemple : sur la pêche et l’aquaculture, la production et la transformation du lait, la gestion des systèmes d’irrigation etc…

L’agriculture fait partie des grandes priorités gouvernementales qui ont été également confirmées au cours de la grande consultation nationale organisée par la Commission Présidentielle de Compétitivité et donc par les organisations les plus représentatives de la société civile et du secteur privé.

Haïti a vécu récemment comme vous le savez des catastrophes naturelles très importantes. Le pays est fragile et l’agriculture est en Haïti l’un des grands prédateurs de l’environnement. Les investissements publics prioritaires dans l’agriculture se font actuellement dans l’objectif non seulement d’augmenter l’offre alimentaire et la création de revenus mais aussi avec une vision de développement durable, de protection de l’environnement et de gestion durables des bassins versants. Il s’agit de développer les infrastructures de production, l’accès aux intrants, de remettre sur pied un système de crédit et d’assurance agricole, de renforcer la recherche et la formation, d’appuyer les organisations de producteurs pour une modernisation du secteur.

Le développement des entreprises de transformation des produits agricoles est également un point essentiel de la politique actuelle.

Aujourd'hui 75% des devises du pays sont utilisées pour l'importation des produits alimentaires alors que par manque d'infrastructure, d'accompagnement technique, et à cause de la compétition déloyale des produits importés, la paysannerie haïtienne a perdu une grande partie de ses marchés.

Vu l'importance du marché national, l'un des objectifs est de reconquérir ce marché mais aussi de profiter de certaines opportunités pour renforcer les exportations agricoles.

Le gouvernement a pris la décision de structurer un programme national d'approvisionnement des cantines scolaires, des programmes nutritionnels et de stocks alimentaires stratégiques d'urgence à partir de produits agricoles locaux. Il s’agit de profiter des différents projets d’aide alimentaire conçus pour faire face aux situations d'urgence et de les transformer en levier capable de créer des activités de développement durable.

Nous avons comme programme de construire des parcs industriels éclatés pour la transformation et le stockage de produits agricoles. En ce sens nous cherchons à innover en créant des partenariats entre les secteurs : Publics, investisseurs privés non agricoles, petits producteurs. Ces démarches nous permettront d’offrir de véritables opportunités aux jeunes et aux femmes en particulier.

Encore une fois, la Commission Présidentielle de Compétitivité, après avoir bien identifié les blocages objectifs et subjectifs au développement des affaires en Haïti, à proposé 5 grappes pour le développement de l’économie haïtienne : Le tourisme, la confection de vêtements, les services à distance par les nouvelles technologies et 2 grappes relevant du secteur agricole : L’élevage et la production de fruits et tubercules.

Aujourd’hui un autre des grands défis à relever est de réhabiliter l’image d’Haïti auprès des investisseurs internationaux et pour cela nous comptons beaucoup sur nos partenaires.

Des perspectives :


Ce qui nous réunit aujourd’hui est la question de la coordination de la coopération et de toutes ces actions de bonne volonté. Pour cela il faut imaginer de nouvelles formes d’intervention. En attendant qu’on arrive à ce résultat, au Ministère de l’Agriculture nous avons mis sur pied des mécanismes pour tenter de mettre un peu d’ordre et de gérer ce que nous appelons l’ingérable.

Au niveau national, une table de concertation agricole à laquelle participent tous nos partenaires financiers et techniques de la coopération agricole se réunit mensuellement. Il en est de même dans chacun des 10 départements du pays où, sous la coordination de nos Directeurs départementaux, les ONG, les autorités locales et les organisations de producteurs ou paysannes se concertent également sur une base mensuelle.

Il est souhaitable que la coopération internationale canalise ses ressources vers un appui aux programmes que nous sommes en train de définir. Nous devons renoncer aux multiples petits projets, toujours très complexes dans leurs procédures uniques et changeantes et qui cherchent à intégrer chacun toutes les composantes possibles exigeant pour chacun une unité d’exécution particulière. Les structures nationales doivent être renforcées et valorisées et les ressources devraient être canalisées par exemple sur les thèmes ou dans les zones géographiques déterminées par les programmes nationaux.

Quand je dis structures nationales, il ne s’agit pas seulement de structures étatiques ou gouvernementales mais on peut et doit renforcer également des structures non gouvernementales de la société haïtienne, telles que les organisations de producteurs et les coopératives. Tous les projets de coopération internationale doivent avoir comme stratégie de mise en œuvre: la concertation et le transfert de capacités à des institutions nationales.


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Dernière mise à jour : ( 24-11-2009 )
 
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