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Gestion de l’aide alimentaire en Haïti,Une opportunité pour le développement de la production agricole nationale.
Le gouvernement a pris la ferme décision de structurer un programme national d'approvisionnement des cantines scolaires, des programmes nutritionnels et de stocks alimentaires stratégiques d'urgence à partir de produits agricoles locaux. Il s’agit de profiter des différents projets d’aide alimentaire conçus pour faire face aux situations d'urgence pour les transformer en levier pour créer des activités de développement durable. Cette approche permettra de sortir progressivement du cercle vicieux de la dépendance. Un groupe de travail interministériel coordonné par le Ministère de l’Agriculture a été mis sur pied depuis plusieurs mois pour structurer ce programme dénommé « Achat locaux pour le Progrès ». Cette position du gouvernement a été exposée clairement par le Secrétaire d’Etat à la production animale, Dr Michel Chancy à l’occasion de sa participation à la réunion du Conseil d’Administration de PAM (Programme Alimentaire Mondial) qui s’est réuni du 9 au 13 novembre 2009. Le Conseil a adopté le Programme pour Haïti 2010 et 2011 qui a comme stratégie de mise en œuvre: la concertation et le transfert de capacités à des institutions nationales.
Situation alimentaire en Haïti. Transcription des points soulevés par le Secrétaire d'Etat à la production animale, Dr Michel Chancy lors de sa participation au Conseil d’Administration du PAM réuni à Rome du 9 au 13 novembre 2009.
Mesdames, messieurs,
L'objectif de mon intervention est de vous présenter quelques éléments du contexte dans lequel va se réaliser le programme du PAM en Haïti pour les années 2010 - 2011, et comment ce programme s'insère dans la politique et les priorités du gouvernement de la république d'Haïti.
1: Causes de la crise alimentaire en Haïti
• Contrairement à d’autres pays, en Haïti la situation de crise alimentaire n'est pas due à une situation de guerre ou à un conflit ethnique, mais c’est le résultat d'un long processus d'appauvrissement, de décapitalisation et de destruction de l'économie rurale.
• L'agriculture Haïtienne repose depuis l'indépendance, sur l'agriculture familiale. Ce mode de production agricole est un héritage de l’organisation de la société haïtienne survenue après la révolte victorieuse des esclaves pour l'indépendance en 1804, situation très différente des autres pays de l'Amérique latine où ce sont les colons qui ont fait l'indépendance et non les esclaves.
• L'appauvrissement des familles rurales constaté aujourd’hui est le résultat d'échanges économiques inégaux tant entre Haïti et les grandes métropoles que ceux au sein de l'économie nationale même.
• Les familles paysannes ont financé par leur travail le fonctionnement de l'Etat. Pendant 150 ans la taxe sur l'exportation du café produit par les paysans a été la principale source de revenu de l'Etat. C’est cette taxe qui a financé essentiellement les infrastructures urbaines au profit des citadins sans qu’il n’y ait eu pratiquement aucun retour dans le milieu rural ni sous forme d'investissements, ni sous forme de services ou d'infrastructures.
• Pour aggraver cette situation, au cours des 25 dernières années, avec les programmes d'ajustement structurels dictés par les agences internationales, Haïti a été le premier pays à faire disparaître toutes ses barrières tarifaires et a ouvert d'un seul coup toute son économie aux produits agricoles importés, généralement subventionnés.
• La paysannerie haïtienne qui représentait en 1980, 80% de la population, assurait 81% de l'approvisionnement en produits alimentaires consommés dans le pays a ainsi perdu une grande partie de ses marchés.
• La faillite des exploitations agricoles a entraîné un grand mouvement d'exode rural. La population rurale est passée de 80% à 65% en 20 ans. L'approvisionnement des marchés en produits agricoles nationaux est tombé de 81% (1980) à 42% (aujourd'hui).
• Les paysans fuyant leur terre se sont réfugiés, d'une part dans les villes où ils n'ont cependant pas trouvé les emplois qu’on leur promettait (70% de chômage), aggravant les problèmes sociaux, d'insalubrité, et d'instabilité politique et d'autre part, en migrant vers l'étranger (République Dominicaine, Bahamas, d’autres îles de la Caraïbes et l'Amérique du Nord).
• D'ailleurs aujourd'hui, la première source de devises du pays est constituée par le transfert d'argent provenant en majorité des paysans qui ont immigré.
• 75% des devises sont utilisées pour l'importation des produits alimentaires pendant que par manque d'infrastructure, d'accompagnement technique, et à cause de la compétition déloyale des produits importés, le niveau de pauvreté s'est accru. • 50% des haïtiens vivent avec moins de $2 par jour. • 30% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique. • 50% des femmes enceintes et 2/3 des enfants de moins de 5 ans souffrent d'anémie.
• Le manque de revenu des familles rurales les ont poussés également à faire une pression sur les ressources environnementales. Aujourd'hui il ne reste qu'1.5% de couverture forestière.
• Le pays est donc extrêmement vulnérable tant aux aléas climatiques qu’à la hausse des produits de première nécessité sur le marché international. Cette vulnérabilité a été mise en évidence au cours de l'année 2008 lors des émeutes de la faim qui ont conduit à la chute d'un gouvernement et par les dégâts provoqués au moment du passage de quatre cyclones consécutifs (près de 230 millions de dégats pour le seul secteur agricole)
2: Les opportunités, l'espoir et les stratégies du gouvernement.
• Depuis 2006, l'essentiel des efforts des gouvernements ont été tournés vers le rétablissement de la sécurité et de la stabilité politique. Les améliorations constatées dans le pays à ce niveau sont le résultat de l'étroite collaboration entre l'Etat et la communauté internationale.
• Pour garantir ces acquis (la sécurité et la stabilité), il faut garantir à la population une amélioration notable et à court terme dans ses conditions de vie. La mise en œuvre actuelle du DNSCRP est l’une des manifestations concrètes de cette vision. Dans le secteur économique, le gouvernement a identifié 2 grandes priorités: l'agriculture et les infrastructures. Vu l'importance du marché national, l'un des objectifs est de reconquérir ce marché mais aussi de profiter de certaines opportunités pour renforcer les exportations agricoles.
• Un exemple du potentiel qu’offre le marché national: Théoriquement le pays possède suffisamment de vaches pour approvisionner le marché actuel de produits laitiers (500 000 vaches adultes en âge de production réparties su environ 250 000 exploitations familiales. A cause du manque d'infrastructures (route, énergie électrique) cette production potentielle ne peut être collectée et valorisée. Près de 80% du lait consommé est importé, le lait constitue le deuxième poste d’importation alimentaire pour près de 50 millions de dollars par an. Le ministère de l'agriculture lance aujourd'hui un programme de construction de micro unités de transformation de lait qui seront réparties à travers tout le pays pour collecter et transformer le lait sur place en des produits pouvant se conserver sans réfrigération. Aujourd'hui en collaboration avec des ONG et des organisations de producteurs, plus de 30 000 enfants reçoivent du lait local à travers le programme de cantine scolaire. Ce lait est généralement produit par les parents de ces enfants. Il est transformé et consommé sur place. Ce programme permet de tirer 3 bénéfices:
1. un bénéfice nutritionnel pour les enfants. 2. des revenus directs pour les parents de ces enfants. 3. le développement d’activités d’agro – foresterie, protectrices de l'environnement et qui permettent l'alimentation des vaches.
• C’est donc un programme stratégique qui vise l’amélioration de la sécurité alimentaire à court et à long terme, la diminution de la vulnérabilité, par le développement d'une activité économique durable et respectueuse de l’environnement.
• De plus, après le passage des cyclones dévastateurs de 2008, à travers un programme d'urgence et de réhabilitation, le gouvernement a fait de grands investissements publics pour le développement de l'irrigation, des pistes agricoles et l'accès aux intrants agricoles. Ce programme couplé avec les efforts du PAM en Haïti et d’autres partenaires internationaux a eu des effets immédiats avec la réduction du nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire qui est passé de 3.3 millions en octobre 2008 à 1.9 millions en novembre 2009.
• Pour profiter de tous ces investissements agricoles, il faut que des marchés soient garantis pour les producteurs. Le gouvernement a pris la ferme décision de structurer un programme national d'approvisionnement des cantines scolaires, de stocks stratégiques d'urgence à partir de produits agricoles locaux.
3: Le programme du PAM en Haïti
• La proposition de programme d’activités du PAM en Haïti qui vous a été présentée est le résultat d'une large concertation réalisée entre l'équipe du PAM en Haïti, le gouvernement, des ONG, des autorités locales et d'organisations de bénéficiaires. Il s'inscrit parfaitement dans la dynamique actuelle de la relance de la production nationale et tient compte des priorités du gouvernement.
• Les activités prévues :
- Appui aux cantines scolaires, - Programme nutritionnel pour les populations les plus vulnérables - Vivres et/ou cash contre travail - Prépositivement de stock d’aliment d'urgence
permettront à la fois d'aider au maintien du climat de stabilité sociale et politique, à relancer la production agricole et à réaliser des travaux de protection de l'environnement.
• La stratégie de mise en œuvre prévue est basée sur la concertation et le transfert de capacités à des institutions nationales.
• De ce fait, le programme sera une importante contribution pour faire face aux situations d'urgence qui nous menacent constamment et un levier pour des activités de développement durable, ce qui nous permettra ainsi de sortir progressivement du cercle vicieux de la dépendance.
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