
Lorsqu’on évoque Haïti,ce n’est pas le bétail qui vient à l’esprit en premier lieu. Cependant,ses campagne sont parcourues par quelque 500 000vaches.
Théoriquement,le cheptel haïtien,dont l’origine remonte aux têtes de bétail amené par les conquistadores il y a de cela cinq siècles,pourrait produire suffisamment de lait pour satisfaire les besoins laitiers de ce pays caribéen de 9 millions d’âmes.De fait,Haïti consacre jusqu’à $40 millions par an à l’achat de produits laitiers en provenance de pays aussi lointains que la Nouvelle Zélande.Après le riz,qui constitue le principal produit alimentaire de base en Haïti,les produits laitiers constituent le deuxième principal produit alimentaire importé.
Haïti doit surmonter d’énormes obstacles pour parvenir à l’autosuffisance en lait.Les rendements varient considérablement entre la saison pluvieuse et la saison sèche.La plupart des agriculteurs ne possèdent
que quelques vaches dispersées à travers le pays,au lieu d’être concentrés dans quelques régions.La faible étendue du réseau de pistes rurales permet difficilement aux agriculteurs de transporter le lait vers le
marché.De plus,le manque de fiabilité des services d’électricité rend impossible le maintien de la chaîne du froid.
Malgré ces problèmes,une entreprise locale réussit actuellement à produire d’énormes quantités de produits laitiers en franchissant des obstacles apparemment insurmontables.Lèt Agogo,qui signifie« du lait en abondance» en créole, est une marque de laits et de yaourts aromatisés créé par Veterimed, une organisation non gouvernementale qui fournissait au départ des prestations de santé animale.
En 2000,lorsque le fondateur de l’ONG,le vétérinaire Michel Chancy,réfléchissait aux activités alternatives pourson organisation, il s’est mis à rechercher des secteurs offrant un potentiel commercial.Les vaches produisaient beaucoup de lait,en particulier durant la saison pluvieuse.La question était la suivante Comment faire en sorte qu’il arrive jusqu’aux consommateurs avant qu’il ne tourne?
Chancy a eu l’idée de créer un réseau de petites laiteries qui achèteraient le lait auprès des agriculteurs vivant dans les zones environnantes et le transformeraient rapidement en produits nécessitant peu ou pas de réfrigération. Lèt Agogo dispose actuellement de 15 centres de ce type à travers le pays (12 autres devraient entrer en production avant la fin de l’année 2009), qui achètent environ 700 gallons de lait par jour pendant la saison des pluies et 300 gallons par jour pendant la saison sèche.
Une fois que le lait arrive dans une laiterie,il est testé en vue de vérifier s’il est pur et de bonne qualité.Les usines utilisent du gaz en bouteille et des glaçons pour traiter le lait.Environ 80 % du lait est stérilisé et mis en bouteille dans
des bouteilles en verre, 18 % est transformé en yaourt et 2 % est pasteurisé,ensuite mis en sac dans des sachets en plastique.Dans un avenir proche,jusqu’à 25 % du lait pourrait être utilisé pour produire du fromage de type Edam mis au point récemment dans le cadre d’un projet soutenu par le Fonds multilatéral
d’investissement de la BID.
« Outre le fait d’ouvrir des marchés pour les produits laitiers de fabrication locale,Lèt Agogo se distingue pour une autre raison : les achats de lait représentent environ 40 % du coût du produit final. Sur chaque dollar de yaourt ou de lait stérilisé vendu par Lèt Agogo,40 cents vont directement aux agriculteurs.En comparaison,les exploitants de fermes laitières dans les pays développés gagnent moins de 5 % de la valeur du produit final »,a affirmé Marion Le Pommellec, une
spécialiste de la BID en agriculture et développement rural à Haïti.
Lèt Agogo aromatise ses yaourts avec des essences naturelles ou artificielles de même qu’avec des confitures préparées par des coopératives locales femmes.Parmi ces aromes,figurent la vanille,la fraise,l’orange,la goyave et zabriko (le mamey),un fruit tropical dont le goût ressemble quelque peu à celui de l’abricot.Les yaourts sont vendus dans les supermarchés locaux avec des systèmes de réfrigération adéquats.
La plupart du lait est édulcoré avec du sucre de canne et avec soit,de la vanille, de la cannelle,de la citronnelle,du bwadin,du café ou du cacao,car les Haïtiens ne sont pas vraiment amateurs de lait nature.Le lait en bouteille,qui a une longue durée de conservation, peut être acheté auprès des vendeurs ambulants,exactement comme une boisson gazeuse.
Mais,en fait le gouvernement est un des plus gros clients de Lèt agogo car il achète le lait en bouteille dans le cadre d’un programme nutrition scolaire.21 000 enfants environ bénéficient de ce programme,ce qui est toujours encore loin des 300 000 élèves que souhaiteraient toucher les autorités.
Chancy fait remarquer qu’il faudra à Haïti près de 300 petites laiteries comme les centres de production de Lèt agogo pour atteindre cet objectif.Ceci peut sembler impossible dans un pays où les besoins du système éducatif sont si nombreux,mais Chancy ne se laisse guère impressionner.Des laiteries, qui coûtent environ $100 000 pièce, pourraient être construites près des établissements scolaires pour faire des économies sur les coûts de transport et distribution.Les fonds générés par le programme de nutrition scolaire généreront des revenus supplémentaires pour les agriculteurs locaux,et l’excédent de lait pourrait servir à fabriquer du fromage.Après tout,les vaches sont déjà là.
Source : www.lematinhaiti.com